L’Académie Goncourt retire le roman de Thélyson Orélien de sa sélection après des accusations liées à l’IA

L’Académie Goncourt a annoncé, vendredi 25 septembre, le retrait de C’était ça ou mourir, roman de l’écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien publié chez Grasset, de sa sélection pour le prix Goncourt 2026. Cette décision intervient après plusieurs jours de controverse autour de possibles recours à l’intelligence artificielle dans la rédaction de l’ouvrage.

Le roman écarté de la sélection du prix Goncourt

C’était ça ou mourir figurait dans la première sélection du prestigieux prix littéraire français, dont le lauréat doit être annoncé le 4 novembre. L’Académie Goncourt, présidée par l’écrivain Philippe Claudel, doit dévoiler sa deuxième sélection le 6 octobre.

La polémique a débuté lundi 21 septembre sur le réseau social X. Un compte anonyme baptisé « Balance ton Claude », en référence à un assistant d’intelligence artificielle, a affirmé que le roman de Thélyson Orélien aurait été « presque intégralement » rédigé à l’aide de l’IA.

Ces affirmations, qui restent des accusations formulées par un compte anonyme, sont apparues le jour même où l’écrivain recevait le prix Fnac du meilleur roman.

Dans un communiqué transmis à l’Agence France-Presse, l’Académie Goncourt explique que sa décision « est dictée par la volonté de préserver l’intégrité du prix Goncourt et celle de l’académie, dont le rôle central consiste à promouvoir et couronner la littérature écrite par des femmes et des hommes ».

L’Académie évoque plusieurs analyses

Pour motiver le retrait du livre, l’institution littéraire invoque les « plagiats dont son auteur s’est rendu coupable au fil du temps et qui viennent d’être révélés, ainsi que du résultat convergent de plusieurs analyses de chercheurs et journalistes dignes de foi mettant en évidence le fait que C’était ça ou mourir est selon toute vraisemblance très largement le produit d’une intelligence artificielle ».

L’Académie affirme également vouloir fixer une ligne claire face à l’utilisation des outils génératifs dans la création littéraire.

« Il s’agit d’envoyer un message clair » pour « affirmer que nous ne cautionnons ni n’adoubons d’une façon ou d’une autre la création de textes générés avec l’aide de l’IA », précise-t-elle.

La décision intervient alors que les usages de l’intelligence artificielle générative soulèvent des interrogations croissantes dans les secteurs de l’édition, de la création artistique et de la propriété intellectuelle.

Un roman consacré à un parcours migratoire

Malgré son retrait de la sélection Goncourt, C’était ça ou mourir figure également dans les sélections des prix Médicis et Fémina.

Le roman raconte à la première personne l’histoire de Jonas Dorléon, professeur d’histoire-géographie contraint de quitter son pays en raison de la violence des gangs. Le personnage entreprend alors un voyage dangereux à travers douze pays avant d’atteindre le Canada.

L’ouvrage avait initialement été publié au printemps au Canada par les éditions du Boréal avant sa parution en France chez Grasset.

Jeudi, la maison d’édition montréalaise a annoncé la suspension des activités promotionnelles entourant le livre. « Pour assurer le bien-être de Thélyson Orélien, nous suspendons pour l’instant les activités promotionnelles entourant le livre », a-t-elle déclaré.

Boréal a indiqué que l’intelligence artificielle n’avait pas été utilisée par la maison d’édition depuis la réception du manuscrit et qu’un travail était mené avec l’auteur afin d’établir les conditions dans lesquelles le texte avait été écrit.

« Malheureusement, il nous est impossible à ce stade-ci d’infirmer ou de confirmer les allégations auxquelles l’auteur fait face », a toutefois précisé l’éditeur, appelant à ne pas « tirer de conclusions hâtives ».

Thélyson Orélien dit vouloir prendre du recul

Présent jeudi aux Correspondances de Manosque, festival littéraire organisé dans les Alpes-de-Haute-Provence, Thélyson Orélien a indiqué qu’il souhaitait attendre avant de répondre plus longuement à la controverse.

« Par rapport à tout ce qui se passe dans l’actualité, je suis prêt à m’exprimer quand tout sera calme », a-t-il déclaré.

L’écrivain estime être confronté à « cette volonté, non seulement d’attaquer le livre, mais surtout ma voix (…), de me faire taire ».

« Je préfère donc prendre un peu de recul et attendre que tout se calme », a-t-il ajouté, sans préciser s’il comptait prochainement retourner au Canada, où il réside.

Le retrait de C’était ça ou mourir place ainsi la question de l’intelligence artificielle au cœur de la rentrée littéraire française. Au-delà du cas de Thélyson Orélien, la controverse pourrait alimenter les discussions sur les règles que les éditeurs et les grands prix littéraires entendent appliquer à l’utilisation des outils génératifs dans la création d’œuvres.

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