Crise du vin à Bordeaux : un dispositif inédit pour réinventer le vignoble girondin

Face à une crise durable du marché du vin, les pouvoirs publics français cherchent de nouvelles solutions pour accompagner la transformation du vignoble bordelais. L’État, la Région Nouvelle-Aquitaine et la Safer ont annoncé la création d’un mécanisme foncier unique en France destiné à racheter des parcelles viticoles en difficulté afin de les reconvertir vers d’autres usages agricoles.

Une réponse inédite à la crise du vin de Bordeaux

Le vignoble bordelais traverse depuis plusieurs années une période particulièrement délicate. Baisse de la consommation de vin en France, recul des exportations et évolution des habitudes alimentaires fragilisent de nombreux exploitants, notamment dans les appellations les moins valorisées.

Dans ce contexte, le préfet de la Gironde, Étienne Guyot, a présenté le 5 mai un projet de structure foncière baptisée « Foncière d’avenir en Gironde » (FAG). L’objectif : acheter des terres viticoles sans débouchés économiques pour faciliter leur reconversion.

« On ne sait pas si ça va marcher, mais on avance », a reconnu le représentant de l’État, dans une déclaration inhabituelle pour un haut fonctionnaire. Même prudence du côté du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB). Son président, Bernard Farges, estime que cette initiative sera observée avec attention dans l’ensemble des régions viticoles françaises.

Racheter les vignes pour éviter l’abandon des terres

Le futur établissement foncier, dont la création est prévue d’ici fin 2026, pourra acquérir plusieurs types de parcelles :

  • des terres devenues nues après l’arrachage de vignes ;
  • des vignes encore exploitées mais destinées à être arrachées ;
  • des parcelles laissées à l’abandon.

L’idée consiste à apporter une solution de sortie aux viticulteurs en difficulté tout en évitant l’enfrichement des paysages agricoles, un phénomène de plus en plus visible dans certaines zones rurales de Gironde.

Une fois les terrains rachetés, la FAG procédera à une restructuration du parcellaire avant de revendre les terres pour d’autres activités agricoles. Le projet vise notamment à favoriser l’installation de nouveaux exploitants et le développement de cultures plus adaptées aux évolutions climatiques et économiques.

Favoriser de nouvelles productions agricoles

Pour les responsables agricoles locaux, cette stratégie doit permettre de diversifier l’économie rurale girondine.

Jean-Samuel Eynard, président de la Chambre d’agriculture de la Gironde, souligne que certaines parcelles viticoles pourraient accueillir de nouvelles productions agricoles qui ne trouvent aujourd’hui pas suffisamment de foncier disponible.

Cette réorientation pourrait concerner des cultures céréalières, du maraîchage ou encore des productions destinées à répondre à la demande croissante en circuits courts et en alimentation locale.

La question environnementale joue également un rôle central. La reconversion des terres pourrait contribuer à limiter l’érosion des sols, favoriser la biodiversité et mieux adapter l’agriculture aux épisodes de sécheresse qui touchent régulièrement le sud-ouest de la France.

Un financement public de 20 millions d’euros

Avant même la création officielle de la Foncière d’avenir en Gironde, les collectivités et l’État préparent le déploiement opérationnel du dispositif.

L’Établissement public foncier de Nouvelle-Aquitaine (EPFNA) prévoit d’investir 10 millions d’euros afin de financer les premiers rachats de parcelles. À terme, le capital total du dispositif devrait atteindre 20 millions d’euros.

Sur le terrain, la Société d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer) sera chargée des négociations avec les propriétaires et de l’accompagnement des opérations foncières.

Cette mobilisation financière illustre l’ampleur des difficultés rencontrées par la filière viticole bordelaise, longtemps considérée comme l’un des symboles de l’excellence agricole française.

Une expérimentation suivie au niveau national

Le projet girondin pourrait servir de modèle à d’autres territoires confrontés aux mêmes difficultés. Plusieurs bassins viticoles français subissent aujourd’hui une baisse structurelle de la demande, notamment dans les vins rouges d’entrée de gamme.

Les exportations des vins de Bordeaux sont récemment tombées sous les 2 milliards d’euros sur un an, une première depuis 2016 hors période Covid, selon les données des Douanes françaises.

Dans ce contexte, les autorités espèrent éviter une multiplication des exploitations abandonnées tout en accompagnant une transition progressive du paysage agricole.

La réussite du dispositif dépendra toutefois de plusieurs facteurs : la capacité à trouver de nouveaux projets agricoles viables, l’évolution du marché du vin et l’adhésion des viticulteurs concernés.

Une transformation profonde du paysage viticole

Avec cette initiative, la Gironde engage une mutation sans précédent de son territoire viticole. Au-delà du simple soutien économique, le projet marque une volonté de repenser durablement l’usage des terres agricoles face aux nouvelles réalités du marché et du climat.

Si l’expérience réussit, elle pourrait ouvrir la voie à une nouvelle gestion des crises agricoles en France, fondée sur la reconversion et la diversification plutôt que sur le maintien à tout prix des productions historiques.

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