OpenAI face au marché du smartphone : pourquoi le « ChatGPT Phone » suscite le scepticisme

Alors que l’intelligence artificielle générative s’impose progressivement dans les usages numériques quotidiens, OpenAI envisagerait désormais de lancer son propre smartphone. Une ambition qui rappelle les précédentes tentatives de rupture technologique dans le secteur mobile. Mais entre la domination d’Apple et de Google, les contraintes industrielles et les habitudes des consommateurs, le pari apparaît particulièrement risqué.

OpenAI voudrait créer un smartphone centré sur l’IA

D’après les informations relayées par l’analyste Ming-Chi Kuo le 5 mai 2026, OpenAI travaillerait activement sur un « AI agent phone » conçu avec Jony Ive, ancien directeur du design chez Apple. La production de masse serait désormais envisagée pour le premier semestre 2027.

L’objectif ne serait pas simplement de proposer un smartphone supplémentaire sur un marché déjà saturé, mais de repenser l’expérience mobile autour de l’intelligence artificielle générative. OpenAI aurait d’abord envisagé un appareil plus modeste, proche des gadgets IA récemment lancés par Rabbit ou Humane, avant de conclure que le smartphone restait l’outil central de la vie numérique moderne.

Ces deux start-up américaines avaient tenté en 2024 de remplacer le téléphone par des assistants IA autonomes fonctionnant notamment avec ChatGPT. Malgré un fort écho médiatique, leurs produits n’ont pas rencontré le succès commercial espéré, confirmant la difficulté de détrôner le smartphone traditionnel.

Un appareil pensé pour l’IA locale

Selon les premières rumeurs, le futur appareil d’OpenAI miserait moins sur la puissance brute que sur les capacités d’intelligence artificielle embarquées. Il utiliserait une puce MediaTek Dimensity 9600 modifiée, intégrant une double architecture NPU, ces coprocesseurs spécialisés dans les calculs liés à l’IA.

Le téléphone serait conçu pour analyser l’environnement de l’utilisateur grâce aux caméras, comprendre le contexte en temps réel et exécuter certaines tâches automatiquement. L’idée serait de transformer le smartphone en assistant permanent, capable d’interagir naturellement avec son propriétaire.

Sam Altman, le patron d’OpenAI, a récemment expliqué dans une interview que les smartphones actuels, et notamment l’iPhone, avaient été conçus « pour le monde d’avant », sans véritable compréhension du contexte ou de l’environnement de l’utilisateur.

Apple, Google et Samsung ont déjà pris de l’avance

Cette vision soulève toutefois plusieurs limites. Les grands acteurs du secteur travaillent déjà depuis des années sur l’intégration locale de l’IA dans leurs appareils.

Apple embarque par exemple son Neural Engine dans les iPhone depuis 2017. Google développe ses propres puces Tensor pour les smartphones Pixel, tandis que Samsung investit massivement dans les fonctions d’IA générative sur ses modèles Galaxy haut de gamme. Qualcomm, fournisseur majeur des appareils Android premium, propose également des NPU très performants.

Autrement dit, OpenAI ne partirait pas d’une page blanche face à des concurrents dépassés. Les fabricants historiques disposent déjà des infrastructures matérielles, logicielles et industrielles nécessaires pour intégrer rapidement des fonctions similaires.

Les rumeurs autour d’iOS 27 vont d’ailleurs dans cette direction : Apple préparerait une refonte importante de l’iPhone autour des usages liés à l’IA, avec une meilleure intégration des modèles de langage, y compris ceux développés par des entreprises tierces.

Le verrou du duopole Apple-Google

Au-delà des capacités techniques, OpenAI devra surtout affronter un obstacle bien connu dans l’industrie mobile : la domination quasi totale d’iOS et d’Android.

Depuis l’échec de Windows Phone, BlackBerry OS ou encore HarmonyOS de Huawei en Europe occidentale, aucun nouvel écosystème mobile n’a réussi à s’imposer durablement. Les consommateurs attendent aujourd’hui un accès immédiat à des millions d’applications, aux services bancaires, aux plateformes de streaming ou encore aux outils professionnels.

Créer un système d’exploitation entièrement nouveau semble donc irréaliste à court terme.

Android apparaît comme la seule option viable

Dans les faits, OpenAI pourrait être contraint d’utiliser Android avec une interface fortement personnalisée autour de ChatGPT. Mais cette stratégie poserait un problème évident : dépendre de Google pour accéder au Play Store et aux services essentiels du système.

Une telle dépendance renforcerait paradoxalement l’écosystème d’un concurrent direct, alors même que Google pousse activement Gemini, son propre assistant IA générative.

OpenAI se retrouverait donc face à un dilemme :

  • proposer un système fermé centré sur ChatGPT, avec le risque d’un manque d’applications ;
  • ou adopter Android au prix d’une dépendance stratégique envers Google.

Concevoir un bon smartphone reste extrêmement difficile

L’histoire récente montre également qu’il est très rare pour un nouvel acteur de réussir immédiatement dans le hardware mobile.

Amazon avec le Fire Phone, Facebook avec ses smartphones HTC dédiés aux réseaux sociaux ou encore Essential, la marque fondée par Andy Rubin, cofondateur d’Android, ont tous échoué malgré des moyens considérables et une forte couverture médiatique.

Le développement d’un smartphone haut de gamme nécessite non seulement une maîtrise logicielle, mais aussi des chaînes d’approvisionnement complexes, un accès prioritaire aux composants et plusieurs générations de produits pour atteindre un niveau de maturité suffisant.

Or OpenAI semble vouloir avancer rapidement, notamment dans un contexte de forte pression économique et de perspectives d’introduction en Bourse.

Un pari risqué pour OpenAI

L’entreprise pourrait finalement découvrir que la meilleure stratégie n’est pas de fabriquer son propre téléphone, mais de rendre ChatGPT incontournable sur les appareils déjà existants.

Avec plusieurs milliards de smartphones Android et iPhone en circulation dans le monde, l’enjeu principal reste sans doute l’intégration logicielle plutôt que la création d’un nouvel appareil.

Dans un marché où Apple, Google et Samsung accélèrent déjà sur l’intelligence artificielle embarquée, il paraît difficile d’imaginer OpenAI bouleverser l’industrie mobile dès 2027. Le risque serait alors de mobiliser des ressources considérables sur un projet matériel coûteux, sans garantie de parvenir à transformer durablement les usages.

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