Une découverte scientifique exceptionnelle dans le pergélisol canadien
Des chercheurs canadiens ont mis au jour un impressionnant réservoir d’ADN ancien provenant d’animaux disparus, dont le mammouth laineux, à partir d’excréments d’écureuils arctiques conservés dans le pergélisol du Yukon. Cette étude, publiée dans la revue scientifique Nature Communications, offre un regard inédit sur les écosystèmes du Grand Nord au fil des millénaires.
Les scientifiques estiment que certains échantillons remontent à près de 700.000 ans, tandis que les plus récents datent d’environ 3.000 ans. Grâce aux conditions extrêmes du pergélisol canadien, ces terriers sont restés quasiment intacts, agissant comme de véritables capsules temporelles naturelles.
Des traces génétiques de mammouths, loups et chevaux anciens
Au-delà de l’ADN de mammouth laineux, les chercheurs ont également identifié du matériel génétique appartenant à plusieurs espèces animales aujourd’hui disparues ou rares dans la région : loups, bisons, chevaux sauvages, guépards nord-américains, ainsi qu’une grande variété de plantes anciennes.
Cette biodiversité exceptionnelle a été découverte dans des terriers creusés par des spermophiles arctiques, de petits écureuils terrestres vivant dans les régions froides du nord du Canada et de l’Alaska.
Selon Tyler Murchie, spécialiste en paléogénomique à l’Université McMaster et auteur principal de l’étude, les scientifiques ne s’attendaient initialement qu’à analyser le microbiome des rongeurs. Mais les analyses ADN ont révélé une richesse biologique bien plus importante.
« Nous avons découvert une biodiversité d’organismes vraiment surprenante », explique le chercheur.
Les écureuils arctiques, archivistes involontaires de la préhistoire
Un comportement naturel devenu précieux pour la science
Les spermophiles arctiques passent près de huit mois par an en hibernation. Durant leur courte période d’activité estivale, ils accumulent de grandes quantités de nourriture et de matériaux dans leurs terriers : graines, feuilles, noix, ossements, poils ou fragments végétaux.
Avec le temps, certains de ces terriers ont été totalement scellés par le pergélisol, cette couche de sol gelé en permanence présente dans les régions polaires. Ce phénomène a permis une conservation remarquable des matières organiques et de l’ADN.
Pour les chercheurs, ces rongeurs ont ainsi agi comme de véritables « archivistes naturels » de l’environnement préhistorique du Yukon.
Les scientifiques ont même retrouvé un spécimen parfaitement congelé de spermophile arctique. Selon Tyler Murchie, l’animal semblait simplement s’être endormi avant de ne jamais se réveiller.
Reconstituer les lignées du mammouth laineux
Dix-huit génomes mitochondriaux analysés
L’équipe de recherche a réussi à reconstruire 18 génomes mitochondriaux complets, dont ceux de six mammouths laineux ayant vécu à différentes périodes.
Les génomes mitochondriaux, transmis uniquement par la mère, permettent aux scientifiques de retracer les lignées ancestrales et de mieux comprendre l’évolution des espèces disparues.
Pour parvenir à ces résultats, les chercheurs ont utilisé des outils informatiques capables d’assembler des fragments d’ADN anciens comme un immense puzzle génétique.
Cette avancée pourrait aider les scientifiques à mieux comprendre les migrations et l’adaptation des mammouths aux bouleversements climatiques qui ont marqué la fin de la dernière période glaciaire.
Le débat autour d’un possible retour du mammouth
Cette découverte intervient alors que plusieurs entreprises de biotechnologie, notamment la société américaine Colossal Biosciences, travaillent sur des projets visant à recréer un animal proche du mammouth laineux grâce au génie génétique.
L’entreprise affirme vouloir modifier génétiquement des éléphants d’Asie afin de leur donner certaines caractéristiques du mammouth disparu il y a environ 4.000 ans.
Cependant, de nombreux spécialistes restent prudents. Plusieurs experts estiment qu’un tel animal ne serait pas un véritable mammouth ressuscité, mais plutôt un éléphant génétiquement modifié présentant certaines caractéristiques physiques similaires.
Les données génétiques issues de cette étude seront mises à disposition de la communauté scientifique internationale, y compris des équipes travaillant sur ces projets de « désextinction ».
Tyler Murchie relativise toutefois l’importance de cette contribution dans l’ensemble des ressources déjà disponibles.
« Nos découvertes ne seront probablement qu’une goutte d’eau dans l’océan », souligne-t-il.
Une nouvelle fenêtre sur l’histoire climatique du Grand Nord
Au-delà du mammouth, cette étude illustre le potentiel scientifique considérable du pergélisol arctique, particulièrement au Canada, en Alaska et en Sibérie. Ces régions conservent encore d’immenses quantités d’informations biologiques sur les écosystèmes anciens.
Les chercheurs poursuivent désormais leurs travaux afin de mieux comprendre ce que ces traces génétiques révèlent de l’évolution du mammouth laineux et des espèces ayant coexisté avec lui.
Pour Tyler Murchie, l’aspect le plus fascinant reste l’origine inattendue de ces découvertes :
« Il est incroyable d’avoir pu obtenir autant d’informations à partir d’excréments d’écureuils. »

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