«Tirez-moi plutôt sur moi», une religieuse birmane dit à la police de sévir contre les manifestants anti-junte

Yangon – Agenouillée devant eux dans la poussière du nord du Myanmar, Sœur Anne Rose No Tong a supplié un groupe de policiers lourdement armés d’épargner les «enfants» et de la tuer à la place. L’image d’une religieuse catholique s’est répandue dans un simple habit blanc, ses mains, alors qu’elle plaidait avec les forces de la nouvelle junte dans le pays alors qu’elles se préparaient à réprimer la manifestation, et elle s’est largement répandue et a gagné des éloges dans le pays à majorité bouddhiste.

“Je me suis agenouillée à genoux … en les suppliant de ne pas tirer et de torturer les enfants, mais plutôt de me tirer dessus et de me tuer”, a-t-elle déclaré mardi à l’AFP.

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La religieuse catholique, Sœur Anne Rose No Tong, appelle des policiers lourdement armés à épargner les «enfants» et à la tuer à la place avant de réprimer les manifestants anti-junte à Myitkyina, dans le nord du Myanmar, dans l’État de Kachin, le 8 mars 2021.

MYITKYINA NEWS JOURNAL / Reuters


Son acte courageux s’est produit lundi dans la ville de Myitkyina alors que le Myanmar se débat dans le sillage du chaos qui a suivi l’éviction du chef civil Aung San Suu Kyi le 1er février.

Alors que les manifestations continuaient d’exiger le retour de la démocratie, le Conseil militaire s’est levé Le recours à la force a progressivement augmentéUtilisation de gaz lacrymogène, de canons à eau, de balles en caoutchouc et de balles réelles.

‘Le monde s’effondrait’

Lundi, des manifestants sont descendus dans les rues de Myitkyina, la capitale de l’État de Kachin, portant des casques et des boucliers faits maison.

Lorsque la police a commencé à se rassembler autour d’eux, sœur Anne Rose No Taung et deux autres religieuses les ont suppliées de partir.

«La police les poursuivait pour les arrêter et je m’inquiétais pour les enfants», a-t-elle dit. À ce moment-là, la religieuse de 45 ans est tombée à genoux.

Des gens évacuent un manifestant blessé lors d'une manifestation à Myitkyina
Des personnes évacuent un manifestant blessé lors d’une manifestation à Myitkyina, au Myanmar, le 8 mars 2021, sur une image fixe obtenue par Reuters à partir d’un clip vidéo sur les réseaux sociaux.

Obtenu par Reuters


Quelques instants plus tard, alors qu’elle implorait la retenue, la police a commencé à tirer sur les manifestants qui se tenaient derrière elle.

“Les enfants étaient terrifiés et ont couru au front … Je ne pouvais rien faire mais je priais Dieu de sauver les enfants et de les aider”, a-t-elle dit.

Au début, elle a vu un homme avec une balle dans la tête tomber devant elle – puis elle a senti la piqûre du gaz lacrymogène.

«J’ai senti que le monde s’effondrait», a-t-elle déclaré. “Je suis tellement triste de les avoir suppliés.”

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Une religieuse catholique, Sœur Anne Rose No Tong, donne une interview au Myitkyina News-Journal à Myitkyina, dans le nord du Myanmar, dans l’État de Kachin, après que la police a fait face à une répression contre les manifestants anti-coup d’État, le 8 mars 2021.

MYITKYINA NEWS JOURNAL / Reuters


Une équipe de secours locale a confirmé à l’AFP que deux hommes avaient été abattus lors de l’affrontement de lundi, sans toutefois confirmer si des balles réelles ou des balles en caoutchouc avaient été utilisées.

Mardi, l’un des morts, Zain de Hathat, a été placé dans un cercueil en verre et porté sur un cœur doré recouvert de roses blanches et rouges.

Les personnes en deuil ont levé trois doigts dans le symbole de la résistance, alors qu’une bande de joueurs de cuivres, de batteurs et de cornemuses d’un blanc éclatant dirigeait le cortège funèbre.

“Je me croyais déjà mort.”

Kachin, situé dans l’extrême nord du Myanmar, est le foyer du groupe ethnique Kachin et le site d’un conflit de plusieurs années entre les groupes ethniques armés et l’armée.

Des dizaines de milliers de personnes ont fui leurs maisons vers des camps de déplacés à travers l’État – et parmi les organisations qui les aident, il y a des groupes chrétiens.

Lundi n’était pas la première rencontre de sœur Anne Rose No Tong avec les forces de sécurité – le 28 février, elle a lancé un appel similaire à la miséricorde, s’est lentement dirigée vers la police en tenue anti-émeute, s’est agenouillée et a supplié ces derniers d’arrêter.

«Je pensais que j’étais déjà morte depuis le 28 février», a-t-elle déclaré à propos du jour où elle a pris sa décision de tenir tête à la police armée.


Les troubles ont continué après le coup d’État au Myanmar

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Lundi, ses sœurs et l’évêque local qui l’entourait se sont joints à elle alors qu’elle implorait la miséricorde envers les manifestants.

“Nous étions là pour protéger notre sœur et notre peuple car sa vie était en danger”, a déclaré Mary John Paul à l’AFP.

La ville a été témoin de répressions répétées de la part des autorités depuis le coup d’État, y compris la dispersion violente d’enseignants pacifiques le mois dernier qui a laissé beaucoup d’entre eux dans la clandestinité.

À ce jour, plus de 60 personnes ont été tuées lors de manifestations anti-coup d’État à travers le pays, selon le groupe de surveillance de l’Association pour l’assistance aux prisonniers politiques (ACPP).

La peur est profonde pour Sœur Anne Rose No Taung, mais elle dit qu’elle doit être courageuse et qu’elle continuera à défendre les «enfants».

“Je ne peux pas rester debout et regarder sans rien faire et voir ce qui se passe sous mes yeux alors que tout le Myanmar est en deuil”, a-t-elle déclaré.

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