Le développement des vols ultra-long-courriers franchit une nouvelle étape. Airbus a réalisé avec succès un vol d’essai exceptionnel entre Toulouse et Melbourne grâce à son nouvel A350-1000ULR, conçu pour répondre aux besoins de la compagnie australienne Qantas. Ce trajet sans escale de près de 17 000 kilomètres prépare l’ouverture de futures liaisons commerciales parmi les plus longues au monde, notamment entre Sydney, Londres et New York.
Un vol sans escale de près de 17 000 kilomètres entre Toulouse et Melbourne
L’A350-1000ULR a décollé de l’aéroport de Toulouse-Blagnac le jeudi 23 juillet à 7 h 33 avec seulement neuf personnes à bord : quatre pilotes d’essai et cinq ingénieurs d’Airbus. Dix-neuf heures et treize minutes plus tard, l’appareil a atterri à l’aéroport de Melbourne-Tullamarine à 10 h 46, heure locale.
Ce vol constitue l’un des essais les plus longs jamais effectués par Airbus et représente une étape déterminante dans le développement de cette version spécialement conçue pour les très longues distances. L’avion est destiné à intégrer la flotte de Qantas afin d’assurer, à partir de la fin de l’année 2027, des vols directs entre Sydney et Londres, puis entre Sydney et New York.
Un vol suivi par près de trois millions d’internautes
L’événement a suscité un vif intérêt auprès des passionnés d’aviation. Selon la plateforme de suivi aérien Flightradar24, près de 2,97 millions de personnes ont suivi en direct la progression de l’appareil immatriculé F-WULR.
Airbus avait également mis en avant ce vol sur ses réseaux sociaux en évoquant un voyage permettant de passer « de l’été à l’hiver en un seul saut ». Le prototype arbore encore une livrée beige spécifique aux essais, sans les couleurs définitives rouge et blanc de Qantas. Seuls les logos de la compagnie figurent sur les extrémités des ailes et les réacteurs.
Un laboratoire volant conçu pour les très longues distances
Une autonomie renforcée grâce à des modifications spécifiques
L’acronyme ULR signifie « Ultra Long Range ». Cette version de l’A350-1000 a été profondément modifiée afin de pouvoir voler plus de vingt heures d’affilée.
L’appareil est notamment équipé d’un réservoir central arrière supplémentaire pouvant contenir environ 20 000 litres de carburant. Cette capacité additionnelle augmente son rayon d’action d’environ 1 000 milles nautiques, permettant d’envisager des liaisons commerciales sans escale jusque-là impossibles.
Le trajet vers Melbourne représentait la phase la plus exigeante d’une campagne de certification totalisant entre 75 et 80 heures de vol. Le prototype, identifié sous le numéro MSN 707, avait effectué son premier vol le 2 juin au-dessus du territoire français et de la façade atlantique, atteignant une altitude supérieure à 12 500 mètres après 3 heures et 43 minutes de vol.
Des milliers de capteurs embarqués pour analyser chaque système
À bord, aucun passager commercial. L’avion transportait environ cinq tonnes d’équipements de mesure, plus d’un millier de capteurs ainsi que plusieurs kilomètres de câblage destinés à enregistrer le comportement de tous les systèmes pendant cette mission exceptionnelle.
Le pilote technique en chef de Qantas, Alex Passerini, a expliqué à la chaîne australienne Channel 7 que les équipes surveillaient notamment le transfert de carburant, les performances des systèmes de climatisation et le fonctionnement général de l’appareil.
Au-delà des aspects techniques, la gestion de la fatigue de l’équipage fait également partie des essais. Des périodes de repos avaient été prévues afin d’évaluer les conditions de travail sur des vols dépassant largement les durées habituelles.
Le Project Sunrise, un projet stratégique pour Qantas
Le programme baptisé « Project Sunrise » doit son nom à une page emblématique de l’histoire de Qantas. Durant la Seconde Guerre mondiale, les équipages de la compagnie effectuaient déjà des traversées particulièrement longues entre l’Australie et Ceylan, aujourd’hui le Sri Lanka, à bord d’hydravions Catalina, au point d’assister à deux levers de soleil au cours d’un même voyage.
En hommage à cette période, chacun des douze A350-1000ULR commandés par Qantas portera le nom d’une étoile.
Lancé en 2017, le projet visait à développer un avion capable de relier directement la côte est australienne à Londres et New York. Airbus a remporté cet appel d’offres en 2022 avec une commande de douze appareils spécialement adaptés.
Le calendrier initial a toutefois été repoussé à plusieurs reprises en raison de la pandémie de Covid-19 puis des difficultés persistantes rencontrées dans la chaîne mondiale d’approvisionnement de l’industrie aéronautique.
Des vols commerciaux de plus de 22 heures attendus en 2027
Les premières liaisons commerciales Sydney-Londres sont désormais prévues à partir d’octobre 2027. Avec près de 10 000 milles nautiques parcourus sans escale, elles deviendront les vols réguliers les plus longs au monde, pour une durée pouvant atteindre 22 heures.
Afin d’améliorer le confort des passagers, Qantas a choisi une configuration de seulement 238 sièges, contre plus de 300 sur un A350-1000 classique. Près de 40 % de la cabine seront consacrés aux classes premium.
L’appareil intégrera également un espace dédié au bien-être permettant aux voyageurs de marcher et de s’étirer durant le vol. Un éclairage adapté aux rythmes circadiens contribuera à limiter les effets du décalage horaire, tandis qu’un accès gratuit au Wi-Fi haut débit sera proposé à l’ensemble des passagers.
Le premier exemplaire destiné à Qantas, baptisé Vega, est actuellement en cours d’assemblage sur le site Airbus de Toulouse.
Un retour encore plus long prévu vers Toulouse
Le prototype ne restera que quelques jours en Australie. Son retour vers Toulouse est programmé pour le 27 juillet avec deux pilotes de Qantas à bord. En raison des vents contraires, cette traversée devrait durer environ 23 heures, soit davantage que le vol aller, offrant ainsi une nouvelle occasion de tester les performances de cet avion destiné à repousser les limites du transport aérien commercial.

Damien Forest écrit pour Algerie Monde Infos sur l’actualité, la politique, l’économie, la technologie, le sport, le divertissement et le lifestyle. Il privilégie une information claire, fiable et accessible, en mettant l’accent sur les sujets et événements qui intéressent les lecteurs.
